Afrique : agroalimentaire, la grande bataille de demain

Les revenus des secteurs agricoles et agroalimentaires en Afrique pourraient connaître une croissance de 300 milliards de dollars annuels actuels à plus 1 000 milliards de dollars annuels d’ici une vingtaine d’années, selon plusieurs analyses d’organismes internationaux de développement.

L’importation des produits alimentaires ne baisse pas en Afrique

Les professionnels du domaine signalent que les activités de transformation locale de produits primaires agricoles en produits alimentaires offrent un potentiel important en termes d’emplois ruraux et urbains, de créations de valeurs économiques et sociales. La demande des consommateurs africains en produits alimentaires transformés augmente, en raison d’une « modernisation » des styles de vie et d’une augmentation du pouvoir d’achat de certaines catégories de population. Mais paradoxalement, le continent africain importerait officiellement plus de 50 milliards de dollars de produits alimentaires en 2015 et à l’horizon de 2030 ce chiffre passerait à 120 milliards de dollars. Si l’on ajoute les importations frauduleuses, ces chiffres peuvent doubler.

Mais le potentiel de croissance de la transformation locale est déjà là

Face à ce potentiel de croissance et de demande de consommations, des multinationales (Nestlé, Danone, Unilevers, Olam, etc.) accélèrent leurs investissements en Afrique, mais des entreprises africaines d’agroalimentaires entendent être compétitives sur « leurs terrains » (Sifca, Cevital, Sodema, Four Mills, SOMDIAA), ainsi que des PME comme la Laiterie du Berger, au Sénégal, qui est un producteur de produits laitiers, 100 % lait de vache local. Ce cas est révélateur d’une entreprise locale qui se bat à faire monter en gamme une filière nationale de lait naturelle et de qualité, alors que persiste au Sénégal comme dans beaucoup d’autres pays d’Afrique, des importations massives de poudre de lait.

Quels sont les défis du secteur ?

Le défi de politiques publiques et des stratégies d’investissement est de pouvoir lier le développement des « industries » (production, transformation agricole) et services (distribution, marketing, etc.) agroalimentaires où il y a un potentiel de croissance et d’emploi, avec l’impératif de la sécurité alimentaire. En effet, il faut s’assurer que les familles les plus modestes aient la possibilité de s’alimenter correctement à des prix décents. De plus, il y a des questions environnementales et sociales liées à la production agroalimentaire, notamment la gestion de l’eau ou la gestion des terres, les fraudes aux importations et de concurrence déloyale, de santé, car certains aliments vont malheureusement créer des maladies (si ce n’est le cas déjà), liées aux nouveaux modes de consommation.

Nouvel enjeu pour les pouvoirs publics

Prenons l’exemple des importations de certains produits de volailles ou de viandes surgelés venant d’Europe, d’Amérique du Sud ou d’Asie, dont les conditions de leurs traitements hygiéniques laissent souvent à désirer. Toute cette question des secteurs et produits agroalimentaires se pose dans un contexte global de libre-échangisme mondial qui peut favoriser certains exportateurs-importateurs internationaux, mais déstructurer les producteurs nationaux locaux. Donc bien plus que de développement du potentiel agroalimentaire et de sécurité alimentaire, il s’agirait pour certains d’un enjeu de « souveraineté alimentaire . »
 

 

Source ; http://afrique.lepoint.fr/economie/afrique-agroalimentaire-la-grande-bataille-de-demain-10-04-2017-2118646_2258.php