Chantage royal au Maroc : la Cour de cassation valide les enregistrements audio

Par Nadia Lamlili

Victoire d’étape pour le Palais marocain dans son procès en France contre Éric Laurent et Catherine Graciet, les deux journalistes français accusés de chantage à l’égard du roi Mohammed VI. Un de leurs avocats a cependant annoncé son intention de porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme.

La Cour de cassation a validé, ce vendredi 10 novembre, les deux enregistrements audio ayant conduit à l’inculpation des deux journalistes français, Éric Laurent et Catherine Graciet, pour chantage et extorsion de fonds à l’encontre du roi du Maroc. Le Palais marocain marque ainsi un point. Mais cette saga judiciaire qui dure depuis août 2015 est loin d’être finie.

Vers une comparution en correctionnel

Contacté par Jeune Afrique, Me Eric Moutet, avocat de Catherine Graciet, annonce son intention d’introduire un recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), basée à Strasbourg pour « violation des principes d’un procès équitable ». « Les preuves ont été recueillies d’une façon déloyale et avec le consentement des enquêteurs français », déplore l’avocat à la sortie de cette audience.

« La saisine de la Cour européenne des droits de l’homme n’interdit pas à la procédure de suivre son cours en France », tempère cependant Me Éric Dupond-Moretti, avocat du Palais marocain. Maintenant que les deux enregistrements ont été validées par la Cour de cassation d’une façon définitive, dit-il, les deux journalistes sont appelés à comparaître devant le tribunal correctionnel pour être jugés.

Chantage et écoutes clandestines

Le 27 août 2015, les deux journalistes français ont été arrêtés à la sortie d’un palace parisien. Ils sont soupçonnés d’avoir voulu extorquer 3 millions d’euros à Mohammed VI en contrepartie de la non publication d’un livre à charge sur la monarchie marocaine. Devant le juge d’instruction, ils ont affirmé avoir été piégés par l’émissaire du Palais, Hicham Naciri, qui les a enregistré à leur insu lors de trois rendez-vous.

Le 15 décembre 2015,  alors qu’une enquête judiciaire était ouverte sur les soupçons de chantage, les deux journalistes déposent une plainte auprès de la chambre d’instruction de la Cour d’appel pour contester la légalité de ces enregistrements captés clandestinement. Ils déplorent « un vice de procédure » et demandent l’annulation de ces preuves.

L’affaire est alors entrée dans un véritable nœud judiciaire, avec en son centre la question de la légalité de ces captations. Il vient d’être tranchée ce vendredi, par cet arrêt de la Cour de cassation.