Ethiopie-Erythrée : la fin de cinquante ans de conflits ?

En avril 2018, Abiy Ahmed est désigné premier ministre par la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF), dans un contexte de résurgence des tensions et de violentes manifestations antigouvernementales qui ont conduit à la démission de son prédécesseur. Son arrivée au pouvoir marque un tournant historique dans l’histoire du pays avec la signature d’un accord avec l’Erythrée.

Un accord après plus de cinquante ans de conflits

L’Ethiopie annexe l’Erythrée qui en devient une province : les deux pays étaient fédérés depuis 1952.

Guerre d’indépendance : le Front populaire de libération de l’Erythrée (FPLE) renverse la junte militaire en place en Ethiopie.

Proclamation d’un nouvel Etat érythréen par référendum. Il est alors présidé par Isaias Afwerki.

Une nouvelle guerre éclate en raison d’un différend frontalier, qui a fait entre 70 000 et 100 000 victimes dans les deux pays. Les liaisons téléphoniques ainsi que les vols entre les deux pays sont coupés.

Les deux pays signent la fin officielle de la guerre avec les accords d’Alger.

La EEBC (Eritrea – Ethiopia Border Commission) trace virtuellement une frontière, qui ne sera jamais reconnue par l’Ethiopie, qui ne retire pas ses troupes des zones contestées données à l’Erythrée.

Abiy Ahmed, dirigeant réformateur arrive au pouvoir en Ethiopie et lance un programme de paix avec son voisin érythréen.

Juillet 2018 Un accord de paix est signé dans la capitale érythréenne, Asmara. L’accord offre de grandes perspectives économiques avec le retour des relations diplomatiques : accès aux ports, réduction de leur dépendance à Djibouti.

Deux postes-frontières fermés depuis 1998 rouvrent.

Septembre 2018 Un nouvel accord est signé à Djedda en Arabie saoudite et consolide les engagements pris lors du précédent accord. Addis-Abeba et Asmara promettent aussi de combattre le terrorisme, le trafic d’êtres humains, d’armes, de drogue en accord avec les conventions internationales.

14 novembre 2018 L’Organisation des Nations unies lève les sanctions internationales et l’embargo sur les armes qui pesaient sur l’Erythrée depuis 2009.

L’Ethiopie face à une arrivée importante de réfugiés

Les deux gouvernements feront donc face à de nombreux défis et à la nécessité de normalisation de nombreuses questions. Parmi celles-ci, il leur faudra régler la question de la circulation des personnes ou encore la libération des prisonniers, à l’heure où des milliers d’Erythréens profitent de l’ouverture de la frontière pour s’installer en Ethiopie.

Selon des chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), près de 15 000 Erythréens ont traversé la frontière les trois premières semaines. Certains sont simplement venus acheter des vivres et des marchandises ou retrouver des proches perdus de vue depuis la guerre.

Nouvelles arrivées d’Erythréens en Ethiopie, en 2018

L’Ethiopie se place au second rang des principaux pays d’accueil des réfugiés en Afrique. Plus de 99 % de ces réfugiés sont originaires de quatre pays : le Soudan du Sud, la Somalie, l’Erythrée et le Soudan.

par lemonde