L’Europe accueille deux fois moins de réfugiés que l’Afrique

Les chiffres publiés par les Nations unies à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés rappellent que ce n’est pas l’Europe qui supporte le poids des migrations mais les pays les plus pauvres de la planète.

    

L’odyssée du navire Aquarius qui, avec à son bord 630 migrants africains, a été interdit d’accoster en Italie et à Malte a mis une nouvelle fois en lumière les crispations de l’Europe sur la question migratoire.

Pourtant, les chiffres publiés dans un rapport du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) viennent contredire bon nombre de clichés. A commencer par le fait que l’Europe serait submergée par une vague migratoire qui menacerait l’équilibre économique et culturel de ses Etats.

Si fin 2017, le monde comptait 68,5 millions de personnes déplacées de force, un peu plus d’un tiers seulement sont des réfugiés, soit 25,4 millions d’êtres humains. Or l’immense majorité d’entre eux (85%) se trouvent dans des pays en voie de développement.

 

Par ailleurs, les dix pays qui accueillent le plus de réfugiés comptabilisent à eux seuls 63% du total mondial (12,5 millions) et parmi eux se trouve un seul pays européen : l’Allemagne.

Sur cette liste se trouvent aussi des pays parmi les moins développés du monde tels que l’Ouganda, le Soudan, l’Ethiopie et le Bangladesh.

La Turquie, avec 3,5 millions de réfugiés, reste le pays qui accueille le plus de réfugiés au monde. Tandis que le Liban arrive en première place pour ce qui concerne le rapport à sa population : un habitant sur six dans ce pays est un réfugié.

 

Le mythe de la frontière

Un autre cliché forgé en 2015 par les images des migrants africains sur la route des Balkans n’est pas représentatif de la situation des personnes déplacées dans le monde.

En effet, sur les 68,5 millions de personnes forcées de quitter leur demeure pour fuir la violence ou la famine, 40 millions, soit près de 60%, sont des déplacés internes, c’est-à-dire qui n’ont jamais franchi une seule frontière.

Là encore, les pays africains sont en première ligne puisqu’ils représentent en 2017 un tiers des déplacés internes.

 

Le cas de la République démocratique du Congo (RDC) est de ce point de vue emblématique. L’ONU estime que le nombre de déplacés internes a doublé en 2017 pour passer à 4,4 millions de personnes. Des chiffres contestés par Kinshasa qui dénonce une “marchandisation de l’humanitaire”.

Lors d’une conférence des donateurs organisée en mars dernier, l’ONU est ainsi parvenu à rassembler 509 millions de dollars américains pour faire face à l’urgence humanitaire, un chiffre toutefois en-deçà des attentes.

Le UNHCR précise enfin qu’en plus des déplacés internes, la RDC compte un grand nombre de réfugiés disséminés dans les pays voisins : 620.800 à la fin 2017, répartis entre l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, l’Angola, la Zambie, le Congo, le Soudan et la République centrafricaine.

Les trois quarts de ces réfugiés sont des femmes et des enfants. Des chiffres fidèles à la situation mondiale puisqu’un peu plus de la moitié des 25 millions de réfugiés sont des enfants.

Traversées mortelles

Un certain nombre d’entre eux meurent d’ailleurs en tentant de traverser le Sahara puis la Méditerranée. Toujours selon l’ONU, 15.544 personnes sont mortes noyées depuis 2014 en essayant de traverser la Méditerranée. Le nombre de décès par noyade est de 845 depuis le début de l’année 2018.

 

Les chiffres des migrants morts durant la traversée du désert du Sahara sont en revanche beaucoup moins connus mais une étude publiée en 2016 par le Mixed Migration Monitoring Mechanism Initiative (4mi), une organisation affiliée au Conseil danois des réfugiés, estime que le nombre des victimes pourrait être “largement supérieur” à celui des migrants qui se noient en Méditerranée.

Après avoir interrogé 1.300 migrants entre 2014 et 2016, 4mi affirme que 1.245 personnes sont mortes en tentant de traverser le Sahara, essentiellement en Libye mais aussi au Soudan et en Egypte.

4mi conclue en indiquant que la plupart des décès sont liés à des “raisons évitables” puisqu’ils ont été provoqués par un manque d’accès à des soins médicaux, à la nourriture ou à l’eau. Les autres cas mortels concernent des accidents de la route ou des meurtres.

Source: dw.com