Petr Cech, terminus pour un gardien gigantesque

Par Nicolas Bamba

A bientôt 37 ans, Petr Cech a annoncé que cette saison 2018-2019 sera sa dernière en tant que footballeur professionnel. Le gardien tchèque d’Arsenal, qui a atteint les sommets auparavant à Chelsea, va laisser une trace à part dans l’histoire de la Premier League. Modèle de longévité, dernier rempart exceptionnel au top de sa forme, Cech est un monument sur le point de tirer sa révérence.

On ne verra plus son immense silhouette et sa tête « sombre », protégée par un casque, stigmate d’un vieil accident. Lui, on le voit déjà beaucoup moins ces derniers mois à Arsenal. Les Gunners, conscients que Petr Cech n’est pas éternel, ont recruté Bernd Leno durant l’été 2018 pour anticiper la relève. L’Allemand a récemment pris la place du Tchèque en tant que titulaire dans la cage. Et sur les réseaux sociaux, mardi 15 janvier, ce dernier a annoncé sa retraite prochaine.

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Petr Cech (@PetrCech) 15 janvier 2019
« J’ai atteint tous mes objectifs »

A 36 ans et demi (il soufflera sa 37e bougie en mai), Petr Cech s’apprête à raccrocher les gants et boucler sa carrière de footballeur professionnel débutée il y a 20 ans. Le gardien y mettra un terme à la fin de cette saison 2018-2019. Formé au Viktoria Plzen, devenu pro au Chmel Blsany, le Tchèque a ensuite rejoint le prestigieux Sparta Prague avant de s’exiler en France au Stade Rennais, de 2002 à 2004. Puis, il a fait le grand saut vers le championnat où il se hisserait parmi les plus grands spécialistes à son poste : la Premier League.

« Après avoir joué 15 ans en Premier League et gagné tous les trophées possibles, j’ai l’impression d’avoir atteint tous mes objectifs. Je vais continuer à travailler dur à Arsenal pour gagner un trophée de plus cette saison. Puis, j’ai hâte de voir ce que la vie me réserve à l’extérieur du terrain », a écrit Petr Cech.

Quand il dit qu’il a gagné « tous les trophées possibles », l’ancien Rennais, qui culmine à 1,96m, dit presque vrai. Il a en tout cas soulevé les plus importants. Sa récolte avec Chelsea, son premier club anglais (2004-2015), a été phénoménale : une Ligue des champions (2012), une Ligue Europa (2013), quatre championnats d’Angleterre (2005, 2006, 2010, 2015), quatre FA Cup (2007, 2009, 2010, 2012), trois League Cup (2005, 2007, 2015), deux Community Shield (2005, 2009)… Avec Arsenal, Cech a aussi ajouté deux autres Community Shield (2015, 2017) et une Coupe d’Angleterre (2017). En fait, seules la Supercoupe de l’UEFA et la Coupe du monde des clubs, compétitions qui présentent plus un intérêt de prestige que sportif, se sont refusées à lui.

Petr Cech soulevant la Ligue des champions avec Chelsea, le 19 mai 2012 à Munich en Allemagne.
Patrik Stollarz/AFP
2006 : la fracture du crâne qui faillit lui coûter la vie

Chelsea salue « un champion sur et en dehors du terrain », tandis qu’Arsenal le remercie et félicite « un modèle parfait ». « C’est une fierté pour le club d’avoir contribué à ta grande carrière », twitte Rennes, quand le Sparta Prague parle d’un « grand honneur ». Il reste encore à peu près cinq mois avant que Petr Cech ne se retire, mais déjà, les hommages affluent, en particulier en Premier League. Carlo Cudicini, son ancienne doublure, manie l’humour en lui adressant ce message : « Tu aurais pu attendre encore quelques années pour prendre ta retraite, et me laisser ainsi la chance de jouer quelques matches en plus avec les légendes de Chelsea ! Je vais devoir me battre pour la place de n°1… encore ! Félicitations pour ton immense carrière et bonne chance pour la suite. »

En 2006, Petr Cech, alors parmi les meilleurs gardiens du monde, avait frôlé la mort. Lors d’un match contre Reading, le portier de Chelsea entra en collision avec le joueur adverse Stephen Hunt et fut victime d’un grave traumatisme. Evacué inconscient, il dut être opéré d’urgence pour une fracture du crâne. L’opération se passa bien et il retrouva les terrains trois mois plus tard. Depuis cet accident spectaculaire, le Tchèque joue en portant un casque, comme certains rugbymen. Un détail esthétique qui le rend facilement reconnaissable et qui ne l’a pas empêché de réaliser des prouesses.

Le roi des clean sheets admiré par ses pairs

Petr Cech, ce n’est pas qu’une collection impressionnante de titres collectifs et d’arrêts miraculeux. C’est aussi une machine à records. Avec la République tchèque, il n’a disputé qu’une seule Coupe du monde (2006) et n’a atteint qu’une seule fois les demi-finales de l’Euro (2004). Mais il est quand même le joueur le plus capé de l’histoire de sa sélection (124 matches). En fait, c’est surtout en Premier League que le portier a repoussé les limites.

Great to be in the Guiness World Records for the most clean sheets in @premierleague & Golden Gloves with two clubs #GWR2017#AFC#CFCpic.twitter.com/s3F4Ollgfd

Petr Cech (@PetrCech) 11 octobre 2016
En 2016, il est officiellement entré dans le Guinness World Records, le livre des records du monde. Quelques mois plus tôt, il avait battu le record de clean sheets (matches sans prendre de but) en Premier League que détenait David James (169). Depuis, Petr Cech a largement dépassé ce chiffre et affiche désormais 202 clean sheets en championnat d’Angleterre. Même délogé de la cage de Chelsea par Thibaut Courtois en 2014-2015, même vieillissant, le Tchèque reste une référence, en particulier dans cet exercice. Il fut aussi élu meilleur gardien du monde en 2005. Un titre de prestige mais logique tant sa première saison outre Manche fut stratosphérique : en 35 matches, il garda sa cage inviolée à 24 reprises. Aucun gardien n’a jamais fait mieux ou seulement égaler cette performance.

En fait, Petr Cech, ce sont ses collègues et ex-adversaires qui ont les meilleurs mots pour le décrire. « Tout mon respect Petr, l’un des meilleurs gardiens que j’ai pu voir », déclare Iker Casillas. David de Gea y va de son hommage aussi : « Je garde avec beaucoup d’affection mon maillot de Petr Cech, qui est sans le moindre doute l’un des meilleurs gardiens de l’histoire de la Premier League. Tu vas nous manquer ! » Edwin van der Sar le félicite : « Une carrière splendide et le respect sincère de tous. Profite de tes derniers mois, et on se voit de l’autre côté. »