RCA: «Ne pas aller au dialogue à Khartoum, c’est se mettre au ban de l’histoire»

 

Le dialogue national entre le gouvernement centrafricain et les quatorze groupes armés doit s’ouvrir le 24 janvier à Khartoum au Soudan. Un dialogue national mis en œuvre par l’initiative de l’Union africaine sur les bases des conclusions du Forum de Bangui. Au préalable, un long processus a été nécessaire notamment la collecte et l’harmonisation des revendications de ces groupes armés. Des revendications qui seront donc au cœur des débats à Khartoum. Les délégations sont parties hier de Centrafrique. A l’aéroport de Bangui, Charlotte Cosset a pu interroger Parfait Onanga-Anyanga le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Centrafrique, quelques minutes avant qu’il ne monte dans l’avion.

Quelles sont vos attentes pour l’ouverture de ce dialogue très attendu à Khartoum ?

Parfait Onanga Anyanga : Dialogue attendu, dialogue historique certainement. Il est légitime que nous en attendions beaucoup. Nous attendons que tous les acteurs y aillent dans un esprit de compromis, qu’il en sorte de ces consultations historiques un répit pour la population centrafricaine qui n’a que trop souffert, un espoir de paix, d’une paix durable qui puisse permettre aux Centrafricains de se mobiliser autour des questions qui sont les plus importantes pour toutes les nations : le développement et la transformation de leur société. Bien sûr, nous ne sommes pas naïfs. La voie vers la paix n’est jamais une voie facile, c’est une voie ardue. Mais je crois qu’il y a dans l’histoire des peuples des moments qui sont propices. Et nous voulons croire que celui-ci est l’un d’entre eux, de pouvoir nous retrouver autour du gouvernement centrafricain légitime, avec l’appui de toute la communauté internationale, l’Union africaine, les Nations unies, mais aussi tous les grands partenaires : l’Union européenne, les bilatéraux (la France, les Etats-Unis), de pouvoir nous retrouver avec tous les protagonistes, c’est-à-dire les groupes armés. Un moment comme celui-ci donne des raisons légitimes d’espérer que l’aube de la paix se dessine peut-être pour la Centrafrique.

On dit que certains chefs de groupes armés ne seront pas présents. Comment ouvrir un grand dialogue si ceux-ci ne sont pas là ?

Je n’en ai pas la confirmation à ce jour. Toutes les indications laissent plutôt à penser que chacun est prêt à saisir l’opportunité de ces pourparlers pour que précisément, ici, la chaise vide ne soit pas une manière dilatoire de faire durer cet état de fait qui est simplement inacceptable. Donc s’il y en a qui pourrait encore hésiter, ce dont je doute, je crois qu’il faudrait que ceux-là comprennent que ne pas aller à Khartoum, c’est se mettre au ban de l’histoire et donc s’interdire l’opportunité de pouvoir faire quelque chose de bien pour son pays pour une fois, faire quelque chose de bien pour la Centrafrique, c’est-à-dire lui donner toutes les chances d’aller vers une paix qui mette fin justement à l’horreur et à la violence armée.

Qu’attend-on concrètement de ce rendez-vous ?

Concrètement, c’est un premier pas vers la paix. Concrètement, si vous me reposez la question, je dirais : dix jours ensemble, pourquoi ne pas s’entendre sur un accord de paix. Et un accord de paix qui ne serait pas un autre accord. Il faut pouvoir le dire. C’est un accord de paix si jamais les volontés se rejoignaient, c’est un accord de paix qui sera sous-tendu par un mécanisme de suivi, des mécanismes de mise en œuvre de telle sorte que les engagements pris soient tenus et que cela veut dire que les uns et les autres devraient partir à Khartoum en étant préparés à aller mettre tout sur la table et surtout, à négocier de bonne foi. Nous serons les garants de cet accord. Quand je dis nous, c’est la communauté internationale et la région elle-même. Les ministres de la région étaient ici du 8 au 9 janvier dernier. Ce sont tous ces partenaires, les voisins, les partenaires de la sous-région, la communauté internationale qui, tous, seront les grands témoins de ce nouveau processus de dialogue. Et nous espérons que les Centrafricains et les Centrafricaines y seront aussi présents. Il faut se féliciter du fait que, même si elles n’auront pas voix délibérative, les forces vives centrafricaines seront présentes à Khartoum et seront donc les grands témoins aussi de ce qui va s’y faire. Donc nous partons confiants avec évidemment l’optimisme prudent, mais en tout cas l’espoir grand pour que ce pays renoue enfin avec la paix.

Quelle est la place de la Russie dans cet évènement ?

La Russie, pour ce que je sais, est un observateur au même titre que les autres grands observateurs. Et ce qui est convenu, c’est que les observateurs, dans ce processus, n’auront pas de rôle. C’est tout ce que je peux dire.

 

 

Par: RFI