Syrie: les acteurs des négociations à Genève

 

Un nouveau cycle de négociations pour la Syrie s’ouvre mardi à Genève sous l’égide de l’ONU alors que le régime se trouve en position de force sur le terrain, multipliant les victoires grâce à son allié russe.

Voici les principaux acteurs de ce 8e round de négociations à Genève, où une délégation unifiée doit pour la première fois représenter les différents groupes de l’opposition:

– Le régime –

Depuis le lancement des négociations à Genève en 2014, le régime syrien est représenté par une délégation de responsables politiques, aujourd’hui dirigée par Bachar Jaafari, le représentant permanent de Damas auprès de l’ONU.

Le régime contrôle aujourd’hui 55% du pays. Grâce à l’appui de l’aviation russe, il a pu reconquérir de vastes territoires arrachés aux rebelles et aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

Dans ces conditions, plusieurs pays occidentaux qui réclamaient le départ du président Bachar al-Assad se montrent aujourd’hui moins ferme.

La délégation du régime a toujours catégoriquement rejeté l’idée d’un tel départ, estimant que le sort du président devait être décidé par un vote des Syriens.

Elle propose depuis toujours un gouvernement “d’union” qui ne remettrait pas fondamentalement en cause le régime.

A Genève, elle devrait se concentrer sur une révision de la Constitution et l’organisation d’élections parlementaires.

A ce jour, les négociations avec l’opposition se font de manière indirecte. Le régime refuse de s’asseoir à la même table que les dissidents, auxquels il reproche leur manque d’unité, quand il ne les qualifie pas dans certains cas de “terroristes”.

Le régime a laissé planer lundi l’incertitude sur sa participation au nouveau round de négociations. “Le gouvernement n’a pas encore confirmé sa participation aux négociations à Genève”, a déclaré l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura, ajoutant attendre son arrivée “très bientôt”.

– L’opposition –

Depuis près de deux ans, l’opposition était principalement représentée à Genève par le Haut comité des négociations (HCN), groupant notamment la Coalition nationale, principale force de l’opposition en exil, et des représentants des rebelles armés qui contrôlent certaines régions du pays.

Formé en décembre 2015 à Ryad, le HCN a toujours réclamé le départ de M. Assad avant l’ouverture d’une période de transition sous la direction d’un corps exécutif doté des pleins pouvoirs.

Soutenu par l’Arabie saoudite et par les Etats-Unis, le HCN se considère comme l’unique représentant légitime de la “révolution” du peuple syrien.

Mais d’autres formations de l’opposition participent aux négociations, notamment les groupes dits “du Caire” et “de Moscou”, accusés par le HCN d’être conciliants vis-à-vis de M. Assad.

Sommée de s’unifier, l’opposition s’est réunie à Ryad le 22 novembre pour donner naissance à un comité de 36 membres, qui englobe pour la première fois tout le spectre de l’opposition.

Ce comité comprend notamment huit membres de la Coalition nationale, quatre du “Groupe du Caire”, quatre du “Groupe de Moscou” et de sept représentants des rebelles.

Cette délégation de l’opposition sera dirigée par Nasr Hariri, qui a déjà l’expérience des négociations de paix.

Elle s’est dite prête à mener des négociations directes avec le régime, tout en réclamant le départ du président Assad. Une condition qui a déjà poussé le “Groupe de Moscou” à émettre des “réserves”.

– Staffan de Mistura –

L’émissaire spécial de l’ONU est un diplomate chevronné dont “l’optimisme chronique” bute depuis plus de trois ans sur l’écueil du conflit syrien.

Cet Italo-Suédois s’est vu confier en juillet 2014 la “mission impossible” – selon les termes de l’ex-secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon – de trouver une solution pacifique au conflit qui dure depuis maintenant plus de six ans.

Agé de 70 ans, il a servi l’ONU pendant plus de 40 ans dans de nombreuses régions en crise, comme le Liban, la Somalie, le Soudan, le Rwanda et les Balkans.

Depuis 2016, il a fait venir à sept reprises les représentants du gouvernement syrien et ceux de l’opposition à Genève.

Ce diplomate polyglotte aux airs d’aristocrate n’a pas froid aux yeux. Au plus fort de la bataille d’Alep, deuxième ville de Syrie reconquise dans son intégralité par le régime en décembre dernier, l’émissaire proposait d’aller en personne sur place pour garantir aux rebelles un sauf-conduit s’ils acceptaient de se retirer des quartiers sous leur contrôle. Les jihadistes avaient refusé.