Vers un tournant dans la guerre au Yémen ?

L’ex-président yéménite Ali Abdallah Saleh s’est dit « prêt à discuter avec l’Arabie saoudite » et à tourner la page si elle lève son blocus qui provoque la crise humanitaire la plus meurtrière de la planète

Quelle est la situation au Yémen aujourd’hui ?

Dans ce pays pauvre de la péninsule arabique de 27 millions d’habitants, ravagé par la guerre depuis deux ans (8 750 morts et 50 600 blessés), la situation militaire semblait encore se dégrader après de violents combats samedi 2 décembre à Sanaa entre les deux composantes de la rébellion chiite, officiellement alliées depuis 2014 après avoir poussé à la fuite le gouvernement en place (le président Abd Rabo Mansour Hadi) reconnu par la communauté internationale : le camp de l’ex-président Ali Abdallah Saleh et le camp des Houthis contrôlent la capitale Sanaa. Ces combats ont fait des dizaines de morts et de blessés depuis mercredi 29 novembre sans qu’il soit possible de donner un bilan précis. Samedi 2 décembre, l’ex-président Saleh a appelé à ouvrir une négociation, – si le blocus est levé –, avec l’Arabie saoudite qui est à la tête d’une coalition régionale d’une dizaine de pays arabes et sunnites (Egypte, Jordanie, Soudan, Maroc) et les membres du Conseil de coopération du Golfe (Oman excepté). Cet appel de Saleh a provoqué la colère des Houthis qui dénoncent un « coup de force ».

 

Comment a réagi Riyad à cet appel ?

« J’appelle nos frères dans les pays voisins à arrêter leur agression et à lever le blocus (…) et nous tournerons la page » a déclaré Saleh à la télévision, en référence à l’Arabie saoudite. Riyad a lancé en mars 2015 une campagne militaire contre les Houthis et leurs alliés pour les empêcher de prendre le contrôle de tout le territoire et avait encore récemment renforcé un blocus qui provoque une des crises humanitaires les plus meurtrières de la planète. « Nous promettons alors que nous dialoguerons via l’autorité légitime représentée par notre parlement ». Cette initiative a été accueillie favorablement par l’Arabie saoudite qui était en froid avec Saleh depuis 2012 et qui accuse les Houthis d’être armés par son grand rival régional l’Iran. La coalition sous commandement saoudien a estimé que la démarche de l’ex-président « libérera le Yémen » des « milices loyales à l’Iran ».

 

Existe-t-il une réelle perspective de paix si les négociations commencent ?

Elles n’ont pas encore commencé mais le clan des Houthis ne l’entend pas de cette oreille, criant à la trahison de Saleh. « Le discours de Saleh est un coup de force contre notre alliance et notre partenariat (NDLR qui remonte à 2014 lors de la prise de Sanaa) et relève l’imposture de ceux qui affirment lutter contre l’agression » saoudienne, a déclaré un porte-parole des Houthis. Le chef des rebelles lui-même a exhorté Saleh à « revenir à la raison » et averti que « l’État pourrait avoir à imposer l’ordre ». Saleh a de son côté accusé les Houthis d’avoir « déclenché la guerre » à Sanaa la semaine dernière. Cette scission pourrait fragiliser les Houthis qui se retrouveraient isolés face aux troupes de Saleh, soutenues par la coalition régionale. Mais une perspective de paix ne semble pas encore pour demain.